Ce mercredi 01/07/2009 aura lieu la 16ème (
je crois) et dernière ponction lombaire du traitement. En chambre, avec la voix, le chant ou l'histoire de Maman, avec DORMICOM et MEOPA, pour que Jean ne sente strictement rien (
même si ces produits ont entraîné un peu d'énervement les dernières fois). C'est très émouvant. Nous allons enfin pouvoir considérer cet acte comme anormal et ne faisant plus partie de notre vie.
Depuis le 17/08/2007, cet acte était devenu normal, faisant partie de notre vie, salvateur. La ponction lombaire consiste à prélever du liquide céphalo-rachidien (
et vérifier qu'il n'y a pas de blaste - mais il n'y en a jamais eu chez Jean) et faire la place pour injecter le liquide de chimiothérapie destiné à protéger le système nerveux contre la maladie (
il ne peut l'être par voie orale ou en IV). Voilà pour l'aspect technique.
Et maintenant qu'on arrive à la dernière ponction lombaire, la page se tourne. Le livre se referme. Et on prend le temps de se poser, l'esprit rempli par l'histoire qu'on vient de vivre. Pris par ses émotions, penser à cette histoire amène dans un état un peu second avec certains rictus, sourires de contentenement, de joie, de bonheur, de fierté d'en être là aujourd'hui; avec les larmes qui débordent... sucrées de joie, salées de peine, ... parce que cela fait du bien de se laisser aller!
Maman Val se souvient presque de chacune de ces ponctions, faites par Dr Hoyoux, Dr Forget, Dr Dresse, Dr Florkin, Dr Schmit, ... suivant le moment. Celles qui ont amené maux de tête, vomissement, épanchement du liquide dans le bas du dos, ... Toujours sans oublier leur aspect nécessaire et salvateur. Trouvant cela banal à la limite... la première un peu moins!
17/08/2007 - 10h00
Départ aux soins intensifs. Nous sommes arrivés la veille à 20h30. Nous avons déjà été la radio du thorax avant de brancher les perfusions. Les plaquettes et poches de sang ont coulé pendant la nuit. Maman Val est déjà bien fatiguée et a été rapidement briefée. Au programme, une ponction de moelle osseuse (
là où on fabrique les paramètres du sang - voir à quel point il y a les mauvais blastes) dans le bassin; une ponction lombaire pour contrôler le liquide céphalo-rachidien (
les blastes ont déjà envahi le sang ce qui a permis de poser très rapidement le diagnostic - qu'ont-ils envahi d'autres?) et vu que la leucémie a été typée directement à Libramont (
Maman Val avait dans ses mains la précieuse enveloppe remise par Dr Vincke avec le typage en arrivant), injection de la première chimiothérapie en intra rachidien. Maman Val berce Jean, chante, ... jusqu'à ce qu'il soit parti et observe. Dr Hoyoux, Dr Piette, l'anesthésiste, les infirmières, ... quelle ruche. C'est très impressionnant. La confiance est totale. Le seul objectif est de se battre. Mais c'est impressionnant. Tous les appareils sont branchés et le petit coeur de mon fils bat la chamade, plutôt vite, bien au-delà de 100. Lui qui est là, allongé, inerte sur ce lit; moi qui suis là, debout dans un coin à l'écart. Bats-toi mon fils! Tout le monde s'active. Le rythme cardiaque se met à chuter. Les médecins observent et continuent... 100, 90, 80, 70, ... "Allez chercher une ampoule de ..."... Ho là que j'aimerais zapper ce mauvais épisode de série télé... 60, 55, 50, 45... "Injectez l'ampoule de ..." 44, 43, ... Stop! Je suis sortie. A 43, je suis sortie. Perdue dans le couloir des soins intensifs, me faisant engueuler parce que je n'avais rien à faire dans ce couloir. Et assez philosophe à me dire qu'on ne pouvait pas perdre un petit lors d'une bête ponction... Ils savent ce qu'ils font... Dr Piette vient me rechercher. Tout est terminé, stabilisé. La moelle a été difficile à tirer. On me laisse avec mon petit. J'explique au Dr Piette que je ne vois pas l'utilité de supporter tous les gestes médicaux. Que je dois me protéger. Et vu que Jean était anesthésié, je n'étais plus utile. Elle acquiesce, amusée. Je lui dis que tout va bien. Elle nous laisse. Je carresse mon petit, lui fais des bisous, attends qu'il se réveille. Je l'aime. C'est le début d'une guerre. Nous sommes des guerriers. Et notre amour, personne ne peut nous le prendre. Impossible de situer la fin de cette guerre mais fin il y aura. La situation a beau être terrible, arriver à respirer profondément, se relaxer, profiter du présent et de ce qu'il a à apporter quand même (
comme tout cet amour) et imaginer le futur... sans la maladie... imaginer Jean retourner à l'école, plus grand, adulte, plein de vie... c'était déjà une partie du combat qui était gagnée. Je l'ai déjà même imaginé Papa. Je devais m'évader. Tout cela pour vous décrire à quel point c'est très impressionnant et émouvant de se dire: ça y est. On y est... la fin est là!
Nous allons fêter le fait que ce soit la dernière ponction lombaire. Qu'il n'y ait plus que 70 gélules de Puri-Néthol (70 jours de traitement) et 10 (10 semaines de traitement) de Ledertrexate à administrer à Jean. Préparez vos bouteilles. Le 1er au soir et au plus tard le 2, nous voulons vous savoir occupés à fêter cela. Ou alors vous passez à la maison:)